Carte n° 62410: «… que nous nous levions». Morphologie et emploi du subjonctif présent, 1re personne du pluriel
Corpus
La carte n° 62410 a été établie sur la base de l’énoncé «Il faut que nous nous levions tous les jours» du questionnaire commun aux femmes et aux hommes. Les reformulations («Nous devons nous lever …», «Il faut se lever …», «Il faut quand même qu’on se lève …») sont relativement nombreuses. À cela s’ajoute le fait que plusieurs parlers occidentaux remplacent très fréquemment «nous» par «on» (cf. les cartes n° 34010 et 37020); dans les parlers concernés (Vouvry, Val-d’Illiez, Sixt), les formes recueillies correspondent à celles de la 3e personne du singulier (carte n° 62310). La carte est donc très incomplète; la forme recherchée manque dans 9 parlers sur 25.
Analyse
1. L’emploi d’une forme du type [ləvˈɑj] correspondant à un présent du subjonctif étymologique de la 1re conjugaison est attesté dans les trois points d’enquête habituels du Chablais (Vouvry, Troistorrents, Val-d’Illiez), mais les deux informateurs de Troistorrents sont les seuls à avoir répondu par une forme de la 1re personne du pluriel.
2. Dans la mesure où elles y sont attestées, tous les autres parlers étudiés utilisent des formes en [s] ou [ʃ] ( [aʃ, as], [eʃ, es; øʃ, øs], [iʃ, is; ʏʃ]) qui remontent au plus-que-parfait du subjonctif latin, mais qui expriment désormais le subjonctif sans indication temporelle (cf. la carte 63300).
Les formes étymologiques attendues pour un verbe de la conjugaison 1A (formes en -[ˈɑs]- : [ləvˈɑs]-, ou [ˈaʃ]- avec chute de [l] et [v]) ne se trouvent qu’à Nendaz (où son emploi est constant), à Lourtier et à Fully.
Partout ailleurs, on observe des morphèmes du subjonctif en -[es, eʃ; øs, øʃ] (5 parlers) et surtout en -[is, iʃ, ʏs, ʏʃ] (9 parlers).
L’informatrice de St-Jean n’utilise pas la forme [iʃɑʃ, ʏʃɑʃ] (cf. les cartes n° 62120, 62130, 62210) au pluriel.
3. Nous n’avons recueilli aucune réponse à l’indicatif pour la 1re personne du pluriel.
4. La comparaison entre les cartes n° 62410 (1re personne du pluriel) et 62610 (3e personne du pluriel) montre de nombreuses homophonies entre les deux personnes grammaticales, surtout dans les parlers du Valais «épiscopal» (formes en [isˈ, ɪʃˈ]) et dans les deux points d’enquête valdôtains. Dans le cas examiné ici, l’identification de la personne grammaticale reste cependant toujours assurée par le pronom réfléchi.
Morphologie du subjonctif présent, 1re personne du pluriel
• formes étymologiques du passé
type «levasse» [-aʃ, -ɑʃ; -as]
type «levesse» [-eʃ, -øʃ; -es]
type «levisse» [-iʃ, -ʏʃ; -is]
• formes étymologiques du présent
type «lève» [lɛvˈaj-]
• désinences
[i, ]
[]
[ẽ]
[øn, ən]
[ɛ, , n]
[, ɔn]
[, an]
[, ŋ]
syllabe accentuée
«nous» remplacé par «on»
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«… que nous nous levions»: morphologie du subjonctif présent, 1re personne du pluriel
parler de
témoin féminin
témoin masculin
1
Arbaz
nʊʒe lˈeɪʃ
nʊʒe ʎˈeʃ
2
Bionaz
-
lœvɪɕˈŋ
3
Chalais
-
-
4
Chamoson
-
nə n lɛʋˈis
5
Conthey
-
-
6
Évolène
nʊ nɔ lvɪʃˈã
nø n lœviɡʃˈn
7
Fully
n n ləvˈɑːʃ
( ɕə) ləvˈœʃə
8
Hérémence
nø nʊ lɪviʃˈɑn
n nɔ lɪːʒˈɑn
9
Isérables
n nz ːʋɛsˈãŋ
nz ʋɛsˈn
10
La Chapelle-d’Abondance
-
-
11
Lens
-
-
12
Les Marécottes
nʏ nɛ lëvˈʏʃ
-
parler de
témoin féminin
témoin masculin
13
Liddes
-
nː ləʋiɕẽ
14
Lourtier
-
n nø lʋˈaɕɪ
15
Miège
-
-
16
Montana
nʊ nʊ lviʃˈn
n nɔ lviᶢʃˈan
17
Nendaz
nʊʒ ˈaʃɔn
n nɔʒ eˈɐʃ
18
Orsières
-
-
19
St-Jean
nɔ nə lɛvʏʃˈaŋ
-
20
Savièse
nuʒə ʊˈeʃən
nʊʒə wˈøʃøn
21
Sixt
( s) lɛvˈɛ
-
22
Torgnon
nɔ nɔ levˈɪs
nɔ lɔː lɛvˈɪsn
23
Troistorrents
n n lʋˈaɪ
nɔ ɔ lɛʋˈæjã
24
Val-d’Illiez
-
( s) lɛʋˈɑj
25
Vouvry
( se) lwˈæje
-
dans les transcriptions: non-emploi du clitique sujet