Carte n° 51630: Verbes irréguliers: «voir», 3e personne pluriel (3pl) de l’indicatif présent
Les cartes n° 51605 à 51685 documentent la morphologie de la 3pl de l’indicatif présent. Elles sont à comparer avec les cartes 51420 à 51490: en effet, pour certains verbes, les désinences de la 1re et de la 3e personne du pluriel tendent à être identiques ce qui, en l’absence d’un clitique sujet, facultatif, peut poser des problèmes d’identification des formes. Pour faciliter la comparaison, nous utilisons les mêmes symboles pour identifier les désinences individuelles des deux séries.
Corpus
La carte n° 51630 s’appuie sur les données provenant de deux énoncés du questionnaire masculin: «Ils voient les nuages dans le ciel» et «Elles voient la grêle qui tombe». En tout, nous avons recueilli 46 attestations; l’information manque pour Chamoson et Nendaz où les informateurs ont répondu par des formes de la 3e personne du singulier, les formes du singulier («il/elle voit») et du pluriel («ils/elles voient») étant homophones dans une enquête menée de manière purement orale en français.
Relevés antérieurs
La 3pl de l’indicatif présent de «voir» n’a pas été relevée par les enquêtes géolinguistiques antérieures à la nôtre (ALF, TP).
Cartographie, analyse
Remarques concernant la base verbale
La carte montre une répartition des différentes formes du radical très proche de celle observée pour la 2e et la 3e personne du singulier (cartes n° 51220 et 51320):
les formes en [i] se trouvent essentiellement dans les parlers «épiscopaux» au nord et à l’est de Sion,
les formes en [e, ɛ, ø] et en [a] se partagent le Valais central et occidental, sans répartition géolinguistique très nette. Dans certains parlers, les deux types coexistent, et il n’est pas exclu qu’un nombre d’attestations plus élevé augmenterait encore ce phénomène.
À cela s’ajoutent certaines voyelles diphtonguées ou suivies d’un [j] de transition qui permet d’éviter l’hiatus entre la base verbale et la désinence ([v'ei-, v'ɛɪ-, vɛj-, v'ɪj-; vaj-, vˈae-], etc.), indiquées par un trait au milieu du symbole (, ).
Le [v]- initial, souvent fragile dans les parlers du Valais central et oriental, se conserve dans toutes les formes enregistrées.
Remarques concernant les désinences
• Comme pour les autres verbes étudiés (cartes n° 51605, 51611, 61650, etc), la principale désinence de la 3pl, selon nos matériaux, est ‑[] , parfois réalisée avec un appendice nasal -[n] ou -[ɔn], plus rarement aussi dénasalisée. Elle est attestée dans 19 parlers sur 23, souvent seule, parfois aussi en concurrence avec d’autres formes.
• La désinence -[] n’apparaît qu’à La Chapelle-d’Abondance.
• La désinence ‑[] , isolée sur cette carte (une seule attestation à Lens) se trouve assez régulièrement dans certains parlers orientaux (cf. en particulier la carte n° 51650), souvent en concurrence avec -[].
• À la différence de la désinence de la 1pl (cf. à ce sujet le commentaire de la carte n° 51422), la désinence de la 3pl des formes verbales plurisyllabiques ne porte jamais l’accent tonique. C’est ce qui pourrait expliquer l’apparition d’une désinence «affaiblie» ‑[ɛn], -[ən] voire même dénasalisée (-[œ ], -[ə]) (3 attestations). L’amuïssement complet de la désinence de la 3pl n’est pas attesté pour ce verbe.
• Les deux parlers savoyards et celui de Miège possèdent des formes «consolidées» par une consonne [z, ð, ʋ] qui permet d’éviter l’hiatus entre la base verbale et la désinence.
«ils/elles voient»
- forme du radical
[vi, vʏ]
[ve, vɛ, vø]
[vei, vɛj, vøj], etc.
[væ, va, vɑ]
[væi, vaj], etc.
[vɔ]
consonne adventice
- nature de la désinence
[-]
[-, -ɔn, -ɔŋ, -ɔm]
[-]
[-ən, -ə]
[-]
information manquante
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Verbes irréguliers: «voir», 3e personne pluriel de l’indicatif présent